Graines de rebelles : le boulanger Roland Feuillas se livre

La diffusion du documentaire « Graines de Rebelle », sur France 2, a connu un succès d’audience et a passionné les téléspectateurs. Il retrace le parcours de Roland Feuillas, qui a quitté une vie de chef d’entreprise en pleine réussite, pour se lancer dans la boulangerie de pain bio, réalisé avec des céréales anciennes. Ce parcours hors du commun a donné envie aux journalistes de l’Express de rendre une petite visite au boulanger, agrémentée d’une interview édifiante. En attendant sa biographie qui devrait sortir prochainement chez Actes Sud.

Quand il évoque son passé et son ancienne vie, Roland Feuillas le fait en toute honnêteté et sans fausse pudeur. Il admet avoir cédé aux sirènes consuméristes, qui ont rendu sa vie vide à ses yeux et à ceux de son épouse :

J’avais une vie trépidante de chef d’entreprise, je gagnais très bien ma vie, je portais des costumes de grandes marques, j’avais de belles voitures et un grand chalet en bois précieux dans les Alpes du Sud. Puis, j’ai senti monter en moi une forme de refus, de dépression profonde. Je trouvais notre société mortifère, entièrement fondée sur le profit, la compétition, les signes extérieurs de richesse… Je me sentais comme un « pinson dans un aquarium ». Avec ma femme, nous avons tout rejeté en bloc pour donner un vrai sens à notre vie.

C’est après cette prise de conscience et un séjour à Cucugnan, où il s’est désormais installé, qu’il décide que le pain sera au cœur de sa nouvelle vie. Il démissionne et s’installe avec sa femme dans ce petit village de Provence, où il ouvre sa boulangerie. Pour lui, le pain s’est imposé comme une évidence, comme il le raconte, non sans poésie :

Qu’y a-t-il de plus simple que le pain? La pureté d’un grain non souillé, d’une eau vivante, d’un sel de mer ou de terre, et toutes ces opérations de pure magie… Le pain nous appelle, nous happe. Et parce que nous participons à des étapes de sa transmutation, il nous change. Le pain me renvoie aussi à l’enfance. Le four à bois de la maison familiale a certainement éveillé ma vocation. La présence d’un four allumé crée une force inouïe: le partage, la convivialité et les ressorts de la bienveillance. Le four transforme les aliments qui entrent par sa bouche, mais, aussi et surtout, il transforme les rapports entre les gens qui se trouvent dans son périmètre. C’est au point que je m’étais toujours demandé si un jour je n’en ferais pas ma vie.

Si son amour pour le pain aura dicté son choix de « conversion », comme il le dit lui-même, il n’est pas question de faire du pain n’importe comment. Les excès de la boulangerie industrielle sont autant de moteurs pour celui qui veut « rendre au pain son goût de pain » :

Ces dernières décennies, les processus de sélection des semences, l’agrochimie, la mécanisation des cultures, la mouture, la panification, la cuisson n’ont été dictés que par les maîtres mots de productivité, de rentabilité et de profit. Or, on peut le tourner dans tous les sens, dès qu’il s’agit de nourriture, tout ce qui est réalisé au profit des intermédiaires entre la terre et la bouche se révèle l’être au détriment et de la terre et de la bouche…

C’est en réalisant des partenariats avec une douzaine d’agriculteurs bio, installés dans les départements de l’Aude, du Gers, du Tarn-et-Garonne et du Vaucluse, que Roland Feuillas produit son pain, à partir de semences anciennes, comme le Barbu du Roussillon, ou la touselle blanche de Nîmes. Le pain est ensuite préparé avec les méthodes traditionnelles ancestrales, en prenant le temps pour le pétrissage, la fermentation, puis la cuisson dans le four à bois. La vente est assurée dans la boulangerie du couple, mais également à travers toute la France, via internet. Car ce pain traditionnel se conserve bien plus longtemps que ceux généralement vendus dans les commerces.

Au delà du succès de son entreprise durable et éco-responsable, on peut mesurer le besoin des consommateurs pour ce retour au méthodes ancestrales à l’écho rencontré par son initiative dans les médias, avec la sortie prochaine de sa biographie, ou avec l’invitation du chef cuisinier qui conseille Barack Obama pour les questions alimentaires, Dan Barber. Le ministre-président de la Wallonie Paul Magnette, est même allé le rencontrer à Cucugnan, afin de discuter de la création d’une école européenne du pain. Une impulsion qui n’est pas prête de ralentir…

 

 

 

 

 

 

 

 

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