Instabilité pour les matières premières agricoles

Les tarifs des matières premières agricoles ont connu une relative stabilité entre les années 2006 et 2014. Cette situation, confortable pour tous les professionnels liés à ce secteur, touche à sa fin, selon Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, qui estime que « le supercycle des matières premières de 2006 à 2014 est bel et bien terminé ». 

Cette déclaration pessimiste a été prononcée dans le cadre des « Entretiens » de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, qui se tenaient le 26 octobre 2016. Philippe Chalmin a précisé que la principale conséquence de cette instabilité nouvelle est la baisse des prix des produits alimentaires, en particulier des céréales. Selon lui, les cours du mais et du blé connaissent déjà d’importantes baisses, en raison des importantes récoltes qui ont été réalisées cette année sur l’ensemble de la planète, à l’exception de la France. Ces baisses ont d’ailleurs été amorcées il y a plusieurs années, comme pour le blé, dont le tarif sur le marché de Chicago est tombé de 9 dollars le boisseau, en 2012, à moins de 4, actuellement. Cette chute du prix du blé  a également été constatée à Paris, sur la même période, avec un prix de la tonne fixé à 275 euros en 2012, pour 160 euros, aujourd’hui.

« C’est un des fondamentaux des marchés agricoles », insiste Philippe Chalmin, même s »il admet que « les perspectives restent contrastées ». En effet, le sucre, par exemple, a connu en 2016 une hausse de 100% par rapport à 2015. Ce rebond a aussi été constaté, dans une moindre mesure, pour l’huile de palme, les produits laitiers et même pour la viande de porc. « L’appétit chinois dope certains produits. La Chine émerge comme un importateur durable de produits agricoles, du soja au porc », tient-il a relativiser. D’ailleurs, le prix de la viande bovine a fortement chuté, avec un tarifs proche de 340 €/100 kg en France, contre 400 €/100 kg mi-2013. Une chute qui est clairement la conséquence de la crise laitière et de l’augmentation des vaches de reforme sur le marché.

Le spécialiste en conclue donc que les acteurs du secteur doivent désormais s’adapter à la fluctuation des prix et ne plus compter sur la garantie des tarifs, puisque les outils de régulation européens sont peu à peu désinstallés et que les politiques publiques ne souhaitent plus réguler les tarifs des matières premières agricoles. « Il faut vivre sans la PAC et oublier les garanties de prix. L’heure est venue de développer des outils de gestion du risque de prix et d’engager les filières dans des démarches contractuelles à moyen terme », constate-t-il. Philippe Chalmin est aussi le coordonnateur du rapport Cyclope,

Pour essayer de clarifier la situation, l’Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole (ITAVI) a analysé les liens commerciaux entre les enseignes de grande distribution et les industriels de la volailles, par rapport aux stratégies MDD. La directrice du service Économie d’ITAVI, Pascale Magdelaine, a détaillé les résultats de l’étude.  « Les relations industrie grande distribution sont peu inscrites dans le long terme, ce qui fragilise l’amont industriel. Les marchés de MDD sont très largement des marchés partagés et ne font que rarement l’objet de partenariats construits autour de cahiers des charges innovants », a -t-elle expliqué. Cependant, quelques exceptions impliquent des exigences spécifiques, comme, par exemple, le sans OGM sur les MDD Label Rouge et sur l’ensemble des MDD Carrefour.

Enfin, il faut noter un espoir quant au recul de certaines importations de matières premières agricoles. « Certains enseignes ont stoppé les achats de poulets belges ou allemands, d’autres les ont fortement réduits. Les industriels ont amélioré la compétitivité prix, et la mise en avant du logo volaille française, ainsi que la pression de l’opinion publique pour une origine locale ont joué », décrit Pascale Magdelaine.

 

 

 

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