Superaliments : diététique ou marketing ?

Les « superaliments », ces produits aux prétendues qualités nutritives extrêmement bénéfiques pour la santé, sont de plus en plus à la mode. Pourtant, plusieurs spécialistes s’accordent à dire que cette tendance alimentaire relève plus du prétexte marketing que de la médecine.

Les superaliments ont le vent en poupe. Myrtilles, graines de chia, kale, laitue de mer, baie de goji, ou le plus classique avocat, tous ces aliments sont réputés pour leurs vertus diététiques, qui permettraient à leurs consommateurs de vivre mieux, plus longtemps et en meilleure santé.

Les articles dans la presse féminine et autres reportages télévisés sur les vertus quasiment magiques de ces produits, généralement des fruits et des légumes, sont diffusés quotidiennement sur les différents médias. Pour se rendre compte de l’importance du phénomène, il suffit d’une simple visite sur Google, où plusieurs dizaines de millions de résultats répondent à la recherche « superaliments », ou « superfood », en anglais. Ces résultats correspondent à des blogs spécialisés dans l’alimentation et la santé, des magasines en ligne, des articles de journalistes, mais également à des vendeurs de compléments alimentaires…

Les effets bénéfiques pour la santé de ces produits miracles seraient liés à leurs forts taux de nutriments, de fibres et/ou d’antioxydants. Ils sont illustrés par différentes études scientifiques, censées démontrer les pouvoirs de ces produits. Pourtant, il n’existe pour l’heure toujours aucune définition officielle ou scientifique de ces « superaliments », expression qui peut donc être employée à tort et à travers.

Plusieurs experts de la diététique s’accordent à minimiser le pouvoir de ces aliments et à remettre en cause la pertinence des études scientifiques régulièrement citées.

Dès l’année 2012, le Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation (EUFI), consacrait un article détaillé à cette mode, qui commençait à prendre une importante dimension. Cet article revenait sur les études scientifiques consacrées à ces aliments et dévoilait leurs faiblesses.

La première objection de l’EUFI vient de la méthode employée dans ces études, où l’on évoque les bienfaits d’un aliment sans prendre en compte l’alimentation globale et en imaginant que le consommateurs en ferait une consommation bien plus importante que dans la réalité. Les aliments évoqués pourraient même avoir des effets néfastes s’ils étaient consommés dans des quantité trop importantes, comme il est suggéré dans les études :

L’une des principales caractéristiques de la recherche dans ce domaine est le taux élevé de nutriments généralement utilisés. Dans le contexte d’un régime alimentaire normal, ces teneurs ne sont pas réalistes.

Une consommation fréquente de cacao sous forme de chocolat, par exemple, doperait l’absorption non seulement des flavonoïdes du cacao, bénéfiques pour la santé, mais également d’autres nutriments qu’il est recommandé de consommer en moins grande quantité.

Surtout, l’EUFI souligne que ces expériences sont effectuées sur des animaux et qu’il est donc impossible de savoir ce qu’elles donneraient sur les humains, dont les métabolismes différents n’absorbent pas les aliments de la même manière que ceux des rats… Les expérimentations ignorent également les interactions qui existent entre les divers aliments consommés, en termes nutritifs, en se concentrant sur les seuls superaliments.

Le mois dernier, c’est la médecin nutritionniste Nina Cohen-Koubi, qui a écrit une tribune pour remettre en cause ces superaliments. Elle y explique que ces superaliments ne reposent sur aucune réalité scientifique et que la seule manière d’apporter un soin particulier à son corps par l’alimentation est de mettre en place un régime alimentaire varié et équilibré. Seule une approche globale de l’alimentation peut, selon elle, porter ses fruits.

 

 

 

 

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